Archive for the ‘nuit après jour à Berlin’ Category

Doing Germany 2 – d’Hagenow Land à Duchanbé

lundi 28 juillet 2008

Le début du voyage est là

Deux trains plus tard, me voilà à la première étape de mon périple: Lübeck-Blankensee International Airport. Ou plus exactement sa gare. Ou plus exactement son quai, fraîchement inauguré. C’est peu charmant. Je me dis qu’il faut que je quitte cet endroit plus déprimant qu’un Houellebecq au plus vite, sinon ça n’est pas moi qui vais monter dans le prochain train mais l’inverse. Ils ont bricolé l’arrêt en six semaines et pour pas cher, même que c’est ça, l’angle de mon article.

Voilà comment on explique aux voyageurs le chemin pour l’aéroport:

Je questionne des passagers et des employés, qui me regardent comme un extra-terrestre. Ils se demandent bien en quoi leur aéroport, et à fortiori la gare de leur aéroport peut intéresser des français. Je suis pris d’un léger doute; quelque part, leur perplexité est justifiée, je trouve.

Le quai. Au fond, Lübeck sous le soleil

Le temps de prendre un café et un croissant au lounge de l’aéroport, mon train arrive. La ville de Lübeck semble plus jolie que son aéroport international. Dommage, je n’ai que vingt minutes pour m’y balader avant mon prochain train, pour la prochaine ville. Une grande ville.

C’est la première fois que j’y vais. Je récapitule les infos qui traînent en ordre dispersé dans ma tête, façon Julien Lepers.

« Top je suis la deuxième ville d’Allemagne, peuplée d’environ 1,8 million d’habitants. Sérieusement ravagée en 1943 par les bombes incendiaires de « l’opération Gomorrhe », mon nom n’a rien à voir avec le plat traditionnel américain. Grande ville portuaire, mon célèbre quartier rouge « la Reeperbahn » comprend une rue interdite aux femmes, hormis celles de mauvaise vie qui y travaillent, et ce dans l’Allemagne supposément féministe. Ville-État, dont l’exceptionnelle pluviométrie relègue Paris au rang de station balnéaire… je suis, je suis… »

Hambourg. le Port.

Les villes, c’est comme les gens. Avec certains, le courant ne passe pas lors du premier contact, avec d’autres, on est plus distant, plus dans l’expectative. Et puis il y en a avec qui, en cinq minutes, on sent les énergies converger et on qu’on va être amis pour la vie. Voilà, avec Hambourg c’était comme ça. Un sentiment diffus, qu’il y a quelque chose à vivre, ici, un jour.

Dans le train bondé pour Brême, coincé entre une famille turque à marmots braillants et un groupe d’erasmus espagnols, je me promets d’y retourner cette année.

J’ai passé une journée à Brême il y a quinze ans, lors d’un échange linguistique dans la ville voisine d’Osnabrück. Je n’avais pas été particulièrement impressionné par la qualité de l’architecture de la cité hanséatique. En effet, il n’y a pas de quoi. Je me souviens surtout que j’avais bien aimé les trams, partout. J’ai toujours bien aimé les trams. Ironie du sort, c’est précisément pour en photographier que je suis là, à 11h25 ce samedi matin, seul, et non au bar25 avec mes copains. Voilà, ça fait sept lignes sur Brême. Difficile d’en dire davantage.

Brême, le tramway pour l’aéroport

Après avoir dégusté de succulentes Penne Bolognese à 6€ au buffet de la gare, je saute dans le prochain train, direction Osnabrück, Münster, puis la Ruhr. Le RE 4465 file à travers la campagne Bas-Saxonne; des bois, des champs et des fermes, c’est joliment champêtre. Je me dis que les allemands sont quand même très forts. En effet, à coté des éoliennes omniprésentes, la plupart des fermes de cette région rurale sont équipées de panneaux solaires. Bienvenue au 21ème siècle! Je pense aux agriculteurs de « chez moi » dans le Loir-et-Cher. C’est pas demain la veille qu’ils installeront des panneaux solaires sur leur toit. L’Allemagne a cru aux énergies renouvelables il y a vingt ans, alors qu’en France on faisait des blagues sur l’écologie, et qu’on continue à en faire (Jean-Louis Borloo). Aujourd’hui, les allemands exportent dans le monde entier pour 980 milliards (!) par an,  en particulier leurs technologies vertes. En France, on vend (enfin on essaye) des centrales nucléaires à la Libye d’une main et on colmate Tricastin de l’autre. Cherchez l’erreur.

J’arrive à Münster, « la ville la plus vivable du monde » d’après une étude, connue non pas pour son fromage mais pour son goût du vélo (300 000 bicyclettes pour 270 000 habitants). Je fais un petit bilan. Ça fait neuf heures que je suis parti, j’ai parcouru près de 700 km et je m’apprête à prendre mon onzième train régional. Étrangement, ce voyage n’a rien d’ennuyeux. Avec toutes ces étapes, le temps passe très vite. Et puis regarder le paysage défiler avec la musique dans les oreilles, ça donne l’illusion saisissante d’être dans un film. C’est un peu l’aventure, comme dans l’excellent « Darjeeling Limited ».

Enfin presque. Ça reste quand même l’Allemagne, tous les trains sont partis pile à l’heure et aucun ne s’est perdu au milieu du désert.

Avec les TGV et autres avions long-courrier, on a peut-être oublié le coté délicieusement aléatoire du voyage. On monte dans un avion à Charles-de-Gaulle, on boit un verre de mauvais vin rouge, on ferme les yeux et quand on les rouvre on est à Pékin ou à Los Angeles. Et on a pas connu Hagenow Land.

Je révasse à un prochain voyage en Asie… Je prends l’Orient-Express jusqu’à Moscou, puis un autre train jusqu’à la mer Caspienne, que je traverse sur un bateau de pêcheur. Arrivé à Turkmenbashi, je loue une vieille Lada pour aller jusqu’à la frontière ouzbèque, où, faute de route je dois acheter un cheval pour rejoindre Duchanbé, au Tadjikistan. Après un arrêt chez le barbier, je revends mon étalon sur un marché et fais du stop jusqu’à l’aéroport. En attendant mon vol, je bois dix vodkas avec un vieux russe nostalgique du communisme, lequel s’avère être le pilote du Tupolev rouillé qui doit m’emmener vers Bangkok. Mais, à court de carburant, celui-ci se pose en catastrophe dans le nord de la Birmanie. Il me faut alors traverser la frontière chinoise clandestinement, déguisé en paysan. Arrivé exténué à Kunming, après six jours de marche à travers le Yunnan, je passe une quelques jours au Sheraton. Au bar, je rencontre Tracey Woods, une businesswoman américaine que je soupçonne de travailler pour la CIA. Nous vivons une courte, mais intense passion. Dans l’avion qui m’emmène à Hong Kong, je me retrouve par hasard assis à coté un ami d’enfance, dont le père est Consul de France à Hongkong. Il m’invite à une réception le soir même, l’occasion de constater que rochers Ferrero et vodka-martini se marient à la perfection…

Duchanbé

Je suis dans le train pour Essen. Il y fait un peu froid à cause de la climatisation. D’après les cours de géographie de seconde, je m’apprête à pénétrer dans une énigmatique banane bleue

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Three years in Berlin

mercredi 7 novembre 2007

 Mors Certa hora incerta

Kaffee Burger – Kim – White Trash – Kohlenquelle – Berghain – Pong – Zu Mir oder zu dir – Bar25 – Sonntag im August – Rodéo Club – Week End – Klub der Republik – PickNick – Hotelbar – 103 – Weinerei – Octogon – Fire Club – Wohnzimmer – Bagdad Döner – Intersoup – Tacheles – Visite ma Tente – Fire Bar – Bar 23 – Maria – Villa Orange – Fritz – Schwarz Sauer – Hoppetosse – Magnet – Rakete – Schönwetter – Morgenrot – Mittefeld – Kulturbrauerei – 8Millimeter – Stadtbad – FC Magnet – King Kong Klub – Stella – The Bird – Sophiensaele – Sophienklub – Morgenland – Rosis – Greenwich – Ballhaus Ost – Ballhaus Mitte – Ballhaus Chaussee Strasse – Strandbad Weissensee – Strandbad Mitte – Zapatta – Oscar Wilde – Cookies… J’en oublie la moitié. Maybe it’s time to go?

 Whatever, some food for the ears.

Something to listen to in Denitsa’s room, the cosiest room I know in Berlin. And give me a fucking Grassovka-Appel with some ice.

 Shameless eyes

(right click – save under…)

 

La crise des trente ans

mardi 28 août 2007

Dimanche matin, 10h. Simone regarde nerveusement à travers la vitre de la salle des arrivées. Elle passe en revue les passagers qui attendent leurs bagages sur le tapis roulant. « Sur la dernière photo de lui que j’aie vu, il avait pris dix bons kilos. Je me demande si je vais le reconnaître » me glisse t-elle en continuant à chercher Brad du regard. La dernière fois que j’ai vu Simone, c’était il y a deux ans, dans ce même aéroport, un matin d’hiver glacial. Brad s’envolait vers les Etats-Unis, laissant Berlin et quelques mois de vie de bohème derrière lui. Après les adieux, alors que nous rentrions en train à travers la ville enneigée, on avait tué le temps en se racontant nos états d’âme. Trente ans, Simone cherchait un peu sa voie. La vie à Berlin est certes des plus agréables, mais dans cette ville qui fut tant détruite, il n’est pas si aisé de bâtir quelquechose. Une carrière. Un amour. Une famille. Il y a bien ce Tobias qu’elle avait rencontré quelques semaines auparavant, mais c’était plus une affaire qu’autre chose. « Le temps passe vite, et les vingt ans sont loin ». Bref, une crise de la trentaine classique, je m’étais dit, avec cette angoisse un peu irrationnelle d’une vie de solitude.

La solitude, Simone en est loin, alors que le tapis roulant chargé de bagages se met en marche. « L’affaire » Tobias est toujours là. Nous sommes allés chercher notre ami commun à l’aéroport avec sa voiture, un grand break Audi. Je me suis assis devant à coté de lui, tandis que Simone était à l’arrière avec Tristan, leur fils de dix mois. Tobias est ingénieur. La semaine prochaine, il s’envole pour une entretien d’embauche en Suisse, d’où il a été approché pour un poste intéressant.

Merde, c’était aussi mon plan. Avant.

L’après-midi, Simone a organisé un barbecue sur son balcon pour fêter le retour de Brad. Elle s’est donné de la peine. La table regorge de salades et de garnitures variées. Il y a du saumon et carottes qu’elle a pris le temps d’éplucher. Ca fait bien longtemps que je n’ai pas vu une si belle table. Sur le balcon, Tobias et son ami Gerald sont en charge du barbecue, sur lequel rotissent brochettes et côtes de porc. Les femmes (on dit « femmes » après trente ans non?) discutent à l’intérieur en surveillant le petit Tristan qui court partout. Je m’assieds avec elles. Sabine, une jolie brune énergique travaille déjà depuis trois ans comme avocate. Alors qu’elle feuillette le Best Seller « Die Schweiz für die Deutsche » (« La Suisse pour les Nuls »), je lui apprends que les Suisses-Allemands détestent ces sombres connards d’allemands arrogants, autant que les Romands ne supportent pas la grande gueule de ces français éternels donneurs de leçons. Elle rigole.

Sabine est célibataire. Elle ne veut pas quitter Berlin, pour l’instant. Elle ne le dit pas, mais elle attend d’avoir un mec, qui deviendra le père de ses enfants. Pour jouer, je me suis demandé l’espace d’un instant si j’aurais pu être celui là. Oui, certainement, plus tard. Pour l’heure, j’ai pris le chemin inverse. Mais qui sait, la vie est un cycle plein de surprises.

Le soir, avec Brad, nous sommes assis dans un bar de la Gleim Strasse. Dans le fond, un téléviseur diffuse un bien piètre derby Lyon-St-Etienne. On se raconte nos deux dernières années, lui à Washington et moi à Berlin. Il est parti en laissant quelqu’un là bas. Moi je suis resté en laissant quelqu’un ici. Ca revient au même finalement. Alors que nous enchaînons les bières, comme deux bons amis qui se retrouvent, je vois passer Daniel, Le Canard et l’une des suédoises. Il m’annonce, « Julien et les autres ont battu un nouveau record! Ils sont rentrés de fête à 20 heures! » Je ne sais pas comment ils font pour tenir debout toute une nuit et toute une journée, mais la fête devait sûrement être grandiose. Celui qui sort comme ça doit avoir une énergie considérable. Pour jouer, je me suis demandé l’espace d’un instant si j’aurais pu être celui là. Oui, certainement, avant. Pour l’heure ça ne m’interesse plus. Mais qui sait, la vie est un cycle plein de surprises.

 

En me couchant, la tête un peu alourdie par ces intenses retrouvailles amicales (et par x litres de bières plus trois white russian), je fixe le plafond en me demandant si il existe un juste milieu, pour moi, maintenant. Et je ferme les yeux en me disant que je suis un peu jeune pour me faire la crise existentielle des trente ans.

 

 

Le dimanche

jeudi 12 juillet 2007

 Le soleil brille à nouveau enfin sur les terrasses de Prenzlauer Berg. Normalement le dimanche on se retrouve vers 15h et on va bruncher dans la Gleim Strasse. Notre sortie du dimanche pourrait ressembler à ça.

le dimanche à berlin

Sauf que la Schönhauser Allee est plus sale que dans les Grands Boulevards du tableau de Renoir et que nous, on a l’air de cinq déchets post bobo. Le canard, avec ses manières et son perfectionnisme so swiss, ressemble de plus en plus à Karl Lagerfeld. Daniel rappelle Pete Doherty version workoolic. Au fond, Daniel n’est pas fait pour bosser du lundi au vendredi de neuf heures à dix-huit heures. Ca ne lui réussit pas. Non, Daniel voudrait la vie facile. Longtemps, son but dans la vie était de devenir célèbre, non pas pour flatter son égo, seulement pour avoir quelqu’un qui lave et et repasse ses habits à sa place. Julien est le plus élégant. Avec son chapeau, il fait très Grands Boulevards version contemporaine. Enfin le Gitan, coiffé de son beret blanc, raconte des histoires extraordinaires. Même quand il n’écrit pas, il romance. C’est agréable à écouter et surtout, ça plait aux filles. Et oui, les filles aiment bien qu’on les fasse rêver. Avec Julien, on lui dit souvent d’arrêter son bullshitage, mais au fond on aime quand même bien ça.

zut! (précédemment « fait chier! »)

mardi 3 juillet 2007

temps à la con

Edit: A part ça ils déconnent n’assurent pas netvibes parce là tout de suite maintenant, il fait super beau et même chaud.

Edit: ma mère trouvait qu’il y avait trop de gros mots dans un post aussi court -et moi j’écoute toujours ma mère

Egotrip

dimanche 1 juillet 2007

 philippe I’m philippe, et je disgresse.

 pas cliché pour un sou

Alors avec Julien et David on s’est retrouvé avec notre tronche dans le tip. Le tip, c’est un des deux city-magazines de Berlin. C’est pourri le tip, je préfère l’autre, le zitty, c’est moins mainstream, plus « audacieux ». Enfin c’est vite dit. N’empêche que quand Imke m’a proposé de m’interviewer dans le cadre de leur dossier spécial « français à Berlin », j’ai pas hésité. Une interview, c’est cool. C’est le seul moment où tu peux parler de toi sans complexes, et sans souler tout le monde. Ca et le psy, mais le psy ca coute cher. Donc l’autre soir, on se retrouve au strandbar du Mauerpark, et c’est parti pour deux heures de thérapie. Sans le secret médical. Mes intimes confessions seront retranscrites, traduites, relues, coupées, imprimées avec une jolie photo pour illustrer. Deux heures durant, j’ai déblatéré sur les thèmes que je maitrise le mieux: me, myself and I. A l’arrivée un bloc synthétique de quinze lignes sur une colonne avec mon « cv » habituel couché sur papier glacé. C’est pas grand chose. Mais depuis deux semaines, la même rengaine: « Ah je t’ai vu dans le tip » en français, en allemand, en anglais. Bon sang, tout le monde le lit ce torchon ou quoi?

 I give you a tip

Histoire d’en rajouter une couche, j’ai aussi mon portrait dans la dernière gazette, délicieusement assassin comme il se doit. La plume vengeresse d’Elsa l’avait intitulé « la double vie de Philippe von Meerkamp », heureusement il y a eu formatage et ce titre scandaleux a disparu.

Et puis il y a le blog. Alors petit message spécial pour les deux français à coté desquels j’étais dans le tram, que je connais ni d’Eve, ni d’Adam, et qui devisaient sur la fille blonde en photo un peu plus bas: non je ne vais pas mettre des photos nues d’elle! Ca va ou bien? C’est fou parce que les lecteurs de ce blog, je pensais que ca s’arrêtait à maman et à Julien. Apparament pas. Du coup je dois m’autocensurer, parce toi, toi là qui lit ces mots, ben il y a des trucs que tu veux pas savoir. Et à cause de google-la-balance, il y a une fille qui a voulu me faire un procès en diffamation. Sans dec!

Tiens et puisque j’y suis, un autre message aux pervers qui arrivent sur cette papge en faisant des recherches google dégoutantes du genre « lécher anus de chat » (merci le gitan!) « sex gare des betteraves » (bizarre le trip…) ou « trouver tissu rideau evreux » (si un jour je cherche du tissu de rideau à Evreux SVP butez moi!). A tous ceux-là je dis: Passez votre chemin, on ne veut pas de vous ici.

Aux autres qui s’emmerdent tellement au boulot qu’ils préfèrent encore me lire, merci encore de votre fidélité.

 

Fin de l’egotrip

La bagarre 2/2

lundi 25 juin 2007

Deuxième acte vendredi. Il y a une soirée « swimmingpool » dans la galerie de Maud. Une soirée swimmingpool, tiens donc. Sans piscine. Sans maillot de bains. Par contre il y a des cocktails de toutes les couleurs, et des gummibärchen. Je suis un accroc complet aux gummibärchen, mais je me soigne. Pas plus de vingt, me dis-je en apercevant le vase plein des ces délicieux petites trucs chimiques. On a donné rendez-vous à pas mal de monde ici pour le début de soirée. Notamment, on doit rencontrer nos suédoises.

Il n’y a pas trop de monde, mais les gens sont sympas et détendus, y compris Maud. Le problème, c’est que la galerie d’à coté a aussi fait une fête. C’est un truc gothique, donc les gens sont bizarres. Evidemement, c’est là qu’on retrouve les suédoises, qui se sont trompées de point de rendez-vous. Les suédoises, elles sont tarées. Je dis pas ça méchamment, surtout que vraiment, on les aime beaucoup. Mais bon voilà quoi. Caro, la blonde péroxydée tout droit sortie des années 80, est la plus « normale » d’entre elles. Oui, je sais bien que ça veut rien dire « normale », à Berlin, mais je ne sais pas quoi écrire d’autre. Disons que je n’aurais pas trop peur de l’inviter chez mes parents. Puis, il y a Christine, très classe, issue de la bourgeoisie, bien habillée; mais qui si on l’observe deux minutes fait peur tant elle a l’air stressée paniquée par la vie. Entre elles, elles se donnent des noms de plats (en suédois) comme « chili con carne », « sushi » ou « spaghetti bolognaise ». si si!

Et puis, il y a Julia. Julia est clairement très jolie. Non, pour être tout à fait honnête, c’est un canon. Des traits fins, un sourire ravageur, de grands yeux (signe de fertilité parait-il), enfin toute la panoplie de la fille de magazine. Sauf qu’elle est pas nette, mais alors pas nette du tout dans sa tête. On arrive face à la devanture de la galerie où elles sont assises toutes les trois avec une bière à la main. La belle brochette de suédoises. Mais Julia n’a pas l’air dans son assiette. Elle regarde fixemement ses chaussures et prête peu d’attention à notre arrivée. Avec Julien on se regarde, l’air de dire « Ouais bon bref, c’est Julia, pas d’affolement, elle est tarée de toute façon ».

« What’s up with you Julia? » demande Julien, prévenant avec les demoiselles comme à son habitude. « I don’t know. Since I’ve left my job in this bar, I’ve got too much energy, and I can’t stand it anymore ». « Well then take a run around the block, you’ll feel better », que je lui dis, moqueur. Elle me regarde, et ses yeux verts virent au noir. « No, I’d better need a good fight. C’mon, let’s fight together, right now! ». Merde je me dis, j’aurais mieux fait de la fermer. « But Julia… », lui dis-avec des yeux de merlan-frit, « I can’t fight you. You’re a woman and I just can’t fight women. And i’d be afraid to hurt you ». Elle se lève d’un bond et colle son visage à 5mm du mien en me fixant droit dans les yeux. « Fight me! Now! I’ll feel so much better afterwards », crache t-elle. Je suis pris au piège. Je veux pas non plus passer pour une mauviette. « Ok », je dis, « but as soon as you’re lying on the floor, we stop, ok? ». Elle me décoche une coup de poing viril dans l’épaule en lachant un « ok! » visiblement libérateur. Je me laisse chatouiller frapper en faisant mine de riposter, même si évidemement je retiens mes coups. Pas si facile en fait, de se « battre » contre une fille. Au bout de trente secondes je la soulève, toute légère qu’elle est, tandis qu’elle se débat comme un poisson rouge tombé de son bocal. Délicatement, je la dépose sur le sol et elle se met à me sourire, vaincue. « thank you », dit elle essouflée avant de poser tendrement ses lèvres sur les miennes en guise de remerciement. Tarée, je vous dit. Je l’aide à se relèver et je vais rejoindre Julien, pas plus étonné que ça par la scène. « Elle est tarée de toute façon » dit-il.

Je m’éloigne au plus vite de la furie pour retrouver l’athmosphère civilisée de la galerie de Maud, faire un peu de smalltalk. Plus tard, Julia diparaîtra avec un mec moche à tatouage (c’est une fétichiste des tatouages), sorti d’on ne sait quelle cave de Friedrischain, et sur lequel elle s’était littéralement jetée. Je me mets à la place du-dit mec, qui ne la connaissant pas, assume qu’elle est normale. Ca doit être un peu la même impression que lorsqu’on gagne au loto sans même avoir joué. Mais bon, si le paquet-cadeau est magnifique, froussard comme je suis, en entendant le tic-tac-tic-tac à l’intérieur, j’aurais pas envie d’ouvrir pour voir ce qu’il y a dedans. Avis aux démineurs tatoués, vous savez où la trouver.

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Rien à voir, mais ce soir là, une rumeur circulait. Une soirée illégale, le lendemain, tous les appartements ouverts, un immeuble entier abandonné, en plein coeur de Prenzlauer Berg… Une soirée qui pourrait rester dans les annales… Ah oui, c’était vrai? On en reparlera ici bientôt…

 

Pour les impatients germanophones, vous pouvez aller voir chez Daniel, qui sur ce coup là a été plus rapide que moi. (J’ai maintenant 10 jours de retard et il s’est passé plein de trucs depuis)

La Bagarre 1/2

lundi 18 juin 2007

 Je ne me bats jamais d’habitude, je l’ai déjà dit. Je suis un tendre, un doux, un agneau. J’aime les bisous, plutot. Mercredi, j’ai bien été obligé de sévir. Bon c’était davantage « Beerfest » que « Fight Club ». Il était 4h45. Il faisait jour. Julien avait bu un certain nombre de vodka-redbull, et il était temps de rentrer. Ce même soir, il avait léché les murs à plusieurs reprises. Son habituelle libido est en grève depuis trois mois, et cette longue période de jachère le rend parfois un peu… entreprenant. Il reste quelques personnes au Dr Pong, mais bon c’est la fin là. Bien qu’il pèse quinze bons kilos de plus que moi, je l’attrape et le traîne littéralement à travers l’Eberswalder Strasse, direction la maison. Mais l’animal résiste, enivré qu’il est par les femmes et l’alcool. Il se rebiffe, gigote et ne veut pas entendre la voix de la raison, la mienne en l’occurence (arrêtez de rigoler, je vous entend). « Rentre Julien, t’es arraché, les filles là bas sont pas terrible et de toute façon elles veulent pas de toi. Et puis merde, tu bosses demain. Allez ». C’est ça la règle entre potes: c’est le moins bourré qui s’occupe des autres. Et c’est souvent moi le moins bourré. Mais non il ne veut rien entendre et tente de s’échapper de mon emprise pour y retourner. Je lui mets un baffe qui claque et résonne dans la Schönhauser Allee déserte. Comme celles dans les films catastrophe qu’on donne à des filles en crise d’hystérie parce qu’il y a des morts partout autour, histoire de leur faire reprendre leurs esprits. Il me regarde l’air hébété deux secondes. « Hé mais loulou, tu me mets pas une baffe quand même ». Moi, passablement énervé: « Ben si. T’es relou. On rentre maintenant! ». Je l’empoigne et l’entraine vers le nord. Il entreprend de se venger de la claque et essaie de me faire trébucher. Difficile dans son état. On commence à se « bagarrer », et évidememnt au bout de dix secondes, on se casse la gueule et se retrouve comme deux cons assis le cul par terre au milieu de la Schönhauser Allee. « Bon loulou, on arrête, on va encore se faire mal comme l’autre fois ». L’autre fois on avait voulu faire nos coqs dans son appart, on avait fait la bagarre, on avait eu mal au côtes pendant une semaine. On se fait un bisou et on marche direction la maison. Ah non, mais j’ai jamais dit qu’on était intelligents. Je le laisse devant sa porte et soudain deux allemands viennent m’aborder. Ils ont l’air bien gentils, mais qu’est ce qu’il me veulent, que je me demande. « On vous a vus vous bagarrer avec ton pote, on a trouvé ça mignon. Tu vas où? » Hein? Quoi? Ben je vais à la maison bon sang, vous avez vu l’heure? « On peut marcher avec toi? » Heu, ben oui, si vous voulez les gars, je m’en fous moi, si vous avez que ça à faire. C’est quoi encore ces freaks, que je me dis quand même dans ma tête pas toute fraîche. On marche et ils m’expliquent qu’ils vont rentrer chez eux après, à l’exact opposé de chez moi, mais qu’avant ils veulent d’abord me raccompagner chez moi. Chouette, deux anges gardiens! Arrivés devant ma porte, je leur serre la main et entre dans l’immeuble. Reflexion faite, ils avaient sûrement une autre idée en tête. A Paris, j’aurai peut-être eu un peu les jetons, mais bon ici, je risquais pas grand chose. Mais il faut que je pense à arrêter avec ce style gay que j’ai. Même quand je me bagarre. C’est la honte quand même.

Ca me fait toujours marrer:

brèves du lundi

lundi 11 juin 2007

Lucile Barras 

Belle de jour

Lucile passe une demie heure dans la salle de bain à s’arranger, avant de descendre chercher du pain à la boulangerie. Pourtant, je n’ai encore jamais rencontré une fille qui est aussi belle et fraîche dès le matin réveil. C’est impressionnant. Même si elle est sortie jusqu’à six heures du mat et est rentrée à quatre pattes, dès qu’elle se réveille, ses yeux pétillent et son teint est resplendissant. Cette fille est incroyablement belle.

Daniel est amoureux

Daniel est tombé virtuellement amoureux d’une bobo parisienne. Il ne l’a jamais vue. C’est une fille qui tient un blog à Paris, et de ce que j’en lis, son mode de vie n’est pas à des années-lumières du notre. Sauf qu’évidemment, c’est plus simple à Berlin qu’à Paris, de mener la vie qu’on mène.

Google is my friend

En trois mois d’existence, ce blog est devenu l’ami de google. Je ne sais pas pourquoi, il est super bien référencé. J’ai rien fait pour. Du coup, il y a pas mal de gens qui arrivent après avoir fait des recherches bizarres. Je peux les voir dans les statistiques. Il y a: « députés UDF MODEM au 32ème tour », « Anatomie de l’anus », « immigrants schönhauser allee », « débraillée dans lé métro », « Cris d’épouvantes »…

J’en profite pour remercier les personnes qui me lisent, qui si on en croit ces mêmes statistiques, vont croissant et sont fidèles. C’est sympa, vraiment. Merci aussi à googlebot.

La Schönhauser Allee

J’aime profondémment la Schönhauser Allee. C’est comme la « grand-rue » de mon village. On y croise toujours des gens qu’on connaît. L’église de mon village, c’est la station de métro Eberswalder Str. Le troquet du village, c’est le Dr Pong. La cantine de mon village, c’est le Mc Do ouvert jour et nuit. Oui je sais, ça craint. La campagne de mon village, c’est le Falk Platz. Il y a plein de gamins dans mon village. Mon village s’appelle Prenzlauer Berg, il est situé à Berlin, Allemagne. C’est chez moi.

Julien sur la Schönhauser Allee

sorry, Julien… mais dès mercredi, on sera des stars!

Ecrire, raconter, laisser une trace.

Je me suis mis en tête de raconter une semaine entière de notre vie à Berlin sur ce blog. Je me suis aussi mis en tête de décrire un peu les protagonistes de cet espèce de sitcom bas-de-gamme qu’est notre existence. Le Gitan, Daniel, Julien, le Canard et les autres. Mais je traîne. Je vous jure, c’est long d’écrire. Ca prend un temps fou. Pendant ce temps, la vie passe encore plus vite. Parfois, on n’est pas inspiré, parfois on écrit « die Scheisse ». Mais je me donne de la peine. Je vais y arriver. J’adore ça écrire, même si je préfère vivre.

 

Une semaine ordinaire à Berlin: Jeudi pop pop 1/2

mercredi 6 juin 2007

 Vernissage nucléaire et alcoolisme homosexuel  

le ping pong du look - dr pong berlin  

photo: Ingo Kniest 

Il y a ce vernissage vaguement franco allemand dont ont parlé Laura et Sarah. En fait j’aime bien les vernissages à Berlin, c’est loin du cliché bourgeois dans le quel est emprisonné le vernissage parisien, nécessairement élitiste et guindé. Normalement, c’est plutot l’occasion de rencontrer des gens qu ‘on connait vaguement et de se retrouver après le boulot pour boire une bière en accordant une attention distraite aux trucs accrochés au mur. Voire de faire la fête, car certains vernissages dégénèrent gravament. La petite Marion passe me prendre à 19h et on marche à travers un Prenzlauer Berg ensoleillé, tandis qu’elle me raconte ses frasques d’ étudiante erasmus de vingt ans. Je me sens vieux, mais bon c’est tout de même rigolo à écouter. Drôle de fille cette Marion, elle exaspère les autres filles par son aspect volontairement un peu bimbo, porte des T-Shirts « Les jeunes de Berlin avec Sarkozy », ce qui, combiné avec des formes avantageuses, nous ferait presque aimer le Président.

Le vernissage n’est pas extrêmement rock’n’roll. Nous sommes arrivés un peu tôt et il n’y a pas foule. Je commande un jus d’orange tandis que la demoiselle s’envoie un planteur. On jette un coup d’oeil aux trucs accrochés au mur. Le plus « intéressant » est cet artiste qui a dissimulé une caméra dans un landeau pour bébé. Il s’est ensuite promené sur les trottoirs parisiens et berlinois en filmant. Le tout est projeté sur un écran avec à droite Paris et Berlin à Gauche. Je m’efforce de trouver ça captivant jusqu’à ce que mon verre soit vide, puis on décide de se casser profiter des dernier rayons de soleil dans le parc du planetarium. En septembre dernier, le Bar 25 organisait des « raves urbaines » le dimanche après midi dans ce parc, et je me souviens que c’était très cool. C’est nettement moins bordélique en ce début de soirée.

On passe chercher Julien et le Canard chez eux puis on va -évidemment- au Dr Pong. Sonia, David, Nicolas, Eric et Camille sont là. On pourrait presque se croire en France, si des endroits comme le Dr Pong existaient en France. Il y a une DJ, française également, qui fait un live-act. Son nom de scène est un en fait anagramme de son prénom -que je ne citerai plus ici ni ailleurs-. C’est de l’électro globalement minimale, qui rappelle Miss Kittin. Je suis assez client de ce genre de son. Je sors jeter un oeil dehors. C’est la pleine lune, ce qui ne laisse pas beaucoup de doute quant à la suite de la soirée: on n’est pas couchés. Là dessus, Daniel et Elsa arrivent, en pleine forme. Ouh la la.

C’est moi, derrière le bar ce soir. Je me fais un redbull, histoire de conjurer une éventuelle fatigue, puis enchaine au coca. Je ne bois pas ou peu si je bosse, sinon je suis alcoolique dans 3 mois. Déjà que… Je suis bien le seul ce soir. Le Canard, qui est « de plus en plus maniéré » depuis qu’il a quitté la Suisse, vient commander deux Ricard et s’engage dans une intense conversation avec le jeune Eric, de six ans son cadet. « Il y a des atomes crochus entre ces deux là », me fait remarquer Julien. C’est vrai qu’ils sont mignons.

« 4 mad dogs please… and 4 paddles! ». Je lève les yeux. Devant le comptoir, une vingtaine d’américains en T-shirt ont surgi d’on ne sait où. Ce sont les « pubcrawlers ». C’est à peu près le même principe les touristes japonais à Paris qui suivent un guide de Notre-Dame à la Tour Eiffel en passant la Place de l’Etoile. Sauf que là, ce sont des backpackers américains n’ayant pas l’âge légal pour boire une bière chez eux, qui profitent de l’aubaine pour s’alcooliser à outrance en un minimum de temps, en suivant un guide qui les traine de bar en bar. Etrange façon de découvrir la ville. Il ne prennent que des « mad dogs », un shot imbuvable de vodka, sirop de cassis et tabasco. Après une demie heure d’ivrognerie, ils partent en titubant vers le prochain bar. Ils ne sont pas méchants, juste incroyablement bruyants. Stacy, une américaine installée à Berlin depuis trois ans, me glisse après leur départ qu’elle ressent de la honte quand elle voit ces compatriotes. Mais elle nuance: « At least, those americans travel »…

 

Une semaine ordinaire à Berlin: Jeudi pop pop 2/2

mercredi 6 juin 2007

Dans le canapé au fond du bar, le Canard fait des trucs bizarres avec ses yeux. Il est visiblement sous le charme. Pendant ce temps, je sers à la DJ qui a terminé son set une Vodka Tonic. Il est à peine 2h, le DJ italien qui l’a remplacée aux platines parvient à faire se remuer une petite dizaine de personnes sur le minuscule dancefloor. C’est pas mal pour un jeudi soir au Dr Pong. Sonia qui annonce son départ imminent depuis 23h, est toujours là. J’adore que les gens soient inconséquents. Surtout Sonia, qui se donne habituellement tant de peine pour être sérieuse.

Daniel le géant Suisse se lève finalement du canapé où il était assis depuis le début de la soirée pour s’installer au bar. Son compteur de bières est à un niveau inhabituellement bas, mais je vois dans ses yeux bleus qu’il compte désormais rattraper son retard. Il commande un gin tonic et un shot de Jaegermeister. Julien s’en amuse alors que le Canard vient s’installer au bar, vite rejoint par son jeune éphèbe. Des « pingpong nerds » tournent sans fin autour de la table. Dans une onde d’amour soudaine, ils sont imités par les langues du Canard et de son « petit Eric ». Un éphémère couple s’est formé sous nos yeux émerveillés. Trop alcolisés pour penser à une quelconque discrétion, les deux hommes s’embrassent tendrement, accoudés au comptoir. Je vais prendre l’air en me demandant si une telle chose serait possible ailleurs qu’à Berlin. Cette ville est extrèmement tolérante, voire complaisante, en particulier avec l’homosexualité. -edit: certains (une personne en fait) ont jugé ce commentaire « anti-homosexuel ». il ne l’est pas bien évidemment. manquerait plus que ça!- Et l’alcool aussi. Julien me rejoint tout sourire: « Ca fait deux filles délaissées en plus sur cette planète ». J’approuve d’un hochement de tête, et regarde l’horloge digitale du kiosque voisin: 3h29, 23°. En ce premier matin de juin, le ciel berlinois commence à s’éclaircir.

Le tout jeune couple nous salue et s’éloigne sur le trottoir, main dans la main. La DJ est toujours là, et ses amis l’enjoignent de prendre le chemin de la maison. Et pas sur son vélo mais en taxi. La soirée touche à sa fin mais je ne suis pas fatigué, à cause du RedBull. Tout ce petit monde quitte le Dr Pong gentiment alcoolisé, je range et ferme l’endroit. J’adore marcher dans les rues de Berlin désert l’été, lorsque le jour se lève avant 4h. Je franchis en diagonale le carrefour de la Schönhauser Allee en évitant le tram et m’engage dans la Lychener Strasse. Tiens, il y a encore du monde au August Fengler et au Zu Mir Oder Zu Dir. J’hésite à aller prendre une bière, mais en fait, non.

Visit Prypiat dot com?

Je rentre et commence à regarder un film. J’aime bien faire ça, changer radicalement d’ambiance d’un instant à l’autre. « Die Wolke » donc, tiré d’un bouquin pour ados archi-célèbre (en Allemagne) de Gudrun Pausewang est une sorte d’Hélène et les Garçons post-apocalyptique. C’est la transposition de la catastrophe de Tchernobyl dans la campagne bavaroise sur fond d’histoire d’amour radioactive entre deux adolescents. Ou l’inverse. Le film est franchement moyen mais cet improbable mélange des genres m’a foutu les jetons. A 7h ce matin, je comprends finalement pourquoi les allemands ont décidé de sortir du nucléaire. Sur une longue période, un accident comme Tchernobyl est, malgré toutes les précautions, inévitable. Des champignons atomiques dans la tête, je m’endors avec un nouveau fantasme étrange: Je veux aller à Prypiat!

Anatomie de l’inénarrable

samedi 2 juin 2007

Vu d’ici ouvre ses pages à l’une des innombrables histoires du « Gitan ».

  Je me souviens. Ma chambre. A Paris. J’habitais au premier étage d’un immeuble de la rue Marcadet, à quelques pas du métro, en collocation avec un ami. C’était l’un des rares soirs où l’on se retrouvait dans le calme, sans qu’aucun des membres de notre joyeuse bande ne soit venu squatter notre salon, attiré par la lumière, comme ils disent.
 
Nous étions chacun dans nos chambres, chacun avec nos petites amies respectives. Je me rappelle que je n’avais jamais eu le courage d’acheter un rideau, ou même un tissu au marché Saint-Pierre, alors j’avais partiellement couvert ma fenêtre avec la house du canapé lit sur lequel je dormais. A vrai dire, je ne dormais pas à ce moment là. Je devais me trouver quelque part entre l’enfer de Dante et la promenade de l’étang du Patriarche. L’un comme l’autre devait servir en partie de décor à mon propre bouquin. Ma copine venait à peine de fermer les yeux…
C’est alors que j’entendis les cris. De l’autre côté du mur. Des cris effroyables, mêlés de hoquets et de larmes. Ma copine se réveilla, instantanément, en panique, et se mit, aussi instantanément, à pleurer.
En l’espace d’une seconde, tout avait basculé. La jolie soirée « cocooning » venait de se vautrer dans un fleuve, on ne retrouverait son corps que quelques semaines plus tard, gonflé et bleu… Pour ma part, si je ne pleurais pas, ni ne criais, je pouvais sentir, jusque dans l’air, l’effroyable tension du drame. Je me levais lentement, le visage défait, laissant derrière moi, ma copine en pleurs, et me rendais, je dois l’avouer, la peur au ventre jusqu’à la chambre de mon ami.  (Je dois préciser ici que l’appartement ne comptait aucune porte, mise à part celle de l’entrée. Nous avions disposé un peu partout des draps cloués dans les murs afin de préserver le peu de vie privée qu’il nous restait, ndr)
Je soulevais le drap d’entrée de sa chambre. Mon ami, son amie, étaient debout dans un recoin de la pièce. La chambre n’était éclairée que par le rai de lumière provenant de la salle de bain. Dans l’obscurité, la scène semblait irréelle, tirée tout droit d’un film de Lynch. Ils regardaient tout deux fixement le plancher. Je baissais la tête à mon tour et apercevais une forme noire gisant sur le sol, tremblant, la langue pendue, les pattes et le corps crispés… sa gorge émettant un son parfaitement incongru, entre le sifflement strident, la déglutition maladive et le grognement rageur. (Pour couper court au suspense, nous avions il y a quelques temps de cela, recueilli un petit chat sous-alimenté qui, à plusieurs reprises, avait trouvé refuge chez nous. D’ailleurs a défaut de lui trouver un meilleur nom, nous l’avions communément appelé « p’tit chat », ndr)
Je pensais directement à une crise d’épilepsie. J’imaginais déjà le chat s’envoyant des journées entières de Telenovela pendant que nous étions au boulot. Il en payait finalement les frais.
Le vétérinaire ne mit pas beaucoup de temps à arriver. Il pronostiqua une intoxication alimentaire. Ma copine n’avait pas quitté la chambre. Elle ne voulait pas voir « cela ». Je n’ai jamais vraiment su ce que « cela » pouvait être. Mais j’imagine que de se faire réveiller en pleine nuit par des cris d’épouvantes doit laisser bonne part à l’imagination… Ceci doit expliquer « cela ».
Le vétérinaire fit une succession de piqûres au matou dont le corps malingre était encore agité de spasmes. Puis, il me prit à part, avec cet air énigmatique de la confession qui n’inspire en aucune façon confiance venant d’un vétérinaire.
« Voilà, mon garçon », me dit-il le visage penché vers moi. « Il va falloir effectuer une piqûre à chaque nouvelle crise… »
Il dépose devant moi une petite trousse, dont il sort une seringue en plastique, de celles que l’on imagine ne devoir servir qu’à nourrir les petits lionceaux abandonnés par leur mère… Je sens pourtant qu’il ne m’a pas tout dit.
« Je vais t’expliquer le principe… »
Et voilà, qu’il part dans une démonstration savante sur l’art et la manière d’effectuer des piqûres de Valium dans l’anus d’un chat : serrer l’anneau anal entre les doigts, introduire l’embout de la seringue dans l’orifice (suivre les flèches), effectuer un mouvement rotatif pour détendre les muscles du rectum et enfin, envoyer pleinement la sauce… Regarder les ronds de fumée de la clope s’élever lentement vers le plafond, puis se tourner pour dormir, aurais-je voulu ajouter.
Pendant quelques secondes je le regardais, espérant qu’il me dise qu’il déconnait, qu’il n’y avait qu’à lui installer un petit matelas sur le sol et qu’il s’occuperait gentiment du minet pendant que j’irais expliquer à ma copine que Charles Manson et Jack l’éventreur ne sont pas en train de se taper un gueuleton dans notre cuisine. Mais l’homme referme précautionneusement sa valise, me tape amicalement sur l’épaule, l’air de dire « désolé mec, à chacun sa croix… », et se tire finalement avec mes tunes. Les animaux n’ont pas eu droit aux faveurs d’Hippocrate…

Ce fut une longue nuit pour nous tous. Plus encore pour le chat… Ma copine n’a jamais plus voulu dormir chez moi. P’tit chat et moi n’avons jamais réussi à retrouver notre relation d’antan. Quant à moi… Ma grand-mère m’a toujours dit que j’avais des mains de chirurgien. Je grimpe lentement les échelons… 
Signé Le gitan

T’as pas vu le tire-bouchon? 1/2

lundi 14 mai 2007

Futilités et vagues réflexions d’un samedi soir à Berlin

Je n’aime pas trop le samedi soir. Il y a toujours trop d’offre et ça me perturbe. L’embarras du choix est l’embarras le plus embarassant pour moi. Lorsqu’il faut décider, j’utilise la plupart du temps le critère géographique. Le plus proche est le mieux. Je traîne sur Internet en buvant une bière dans mon fauteuil en cuir blanc jusqu’à 23h; une petite douche, un chemise enfilée, une bouteille de rosé tirée du frigo et à 23h15 je suis dans la rue en direction de cette WG Party, fête d’appartement, à 3mn de là. C’est très courant les WG partys le week-end à Berlin. C’est aussi ce que je préfère pour le samedi. Les clubs et bars sont bondés de backpackers sympatiques, mais qui racontent tous la même chose « -Yeah I’m from Michigan, Europe’s just awesome -Girls are hot, beers are cheap -Oh you’re from Paris? It’s so beautiful -You know a good place where we can go afterward? », ou de mecs bourrés du Brandenburg qui descendent sur Berlin avec leur voiture tunée et leur pouf comme déco dedans. A éviter absolument.

Est-ce un ange?Dans les WG Partys, on rencontre plein de gens intéressants, c’est ça qui est bien, même si au moment où j’appuie sur la sonnette, je sens bien que je suis pas d’humeur communicative. J’ai un peu fait une overdose de small talk ces dernières semaines. L’endroit, un grand quatre-pièces sur la Schönhauser Allee, est plus bondé que je l’imaginais. Comme dans toute WG party qui se respecte, les endroits stratégiques de l’appart sont pris d’assaut. Le couloir avec la queue devant les toilettes, la cuisine où se trouve l’alcool, et le balcon où l’on va prendre l’air et fumer sa clope. Je pars à la recherche illusoire d’un tire-bouchon avec ma bouteille à la main. Autant chercher un pauvre à Monaco. Après une demi-heure de vains efforts, j’abandonne et me sers un gigantesque mug de Vodka Redbull. Allez, ca va me faire la soirée, je me dis. Tu parles, une demi heure plus tard j’affronte à nouveau la foule pour me glisser dans la cuisine et remplir mon verre. Il y a là une australienne à qui j’arrive à faire croire que je suis américain. Soit elle sourde, soit elle est bourrée. Remarque, il est déjà 0h30. J’ai pas envie de parler avec elle, je m’éclipse vers le salon. Marie, la maîtresse de maison n’en est visiblement pas à sa première vodka. Elle et quelques autres filles se lâchent sur la piste de danse. J’observe un peu ce petit monde autour de moi en m’allumant une cigarette. Quelle belle jeunesse berlinoise. Mehdi, mon aide indispensable pour le Mouvement Démocrate vient interrompre mes pensées :

« -Philippe, t’as vu, on parle d’Hervé Morin comme possible ministre de Sarkozy, le salaud!»

« -Mehdi… Regarde autour de toi, là. Il y a des filles qui dansent partout. Alors va leur parler, danse avec, fais ce que tu veux, mais je t’en supplie on parle pas politi… »

Un mec arrive soudainement et lâche en rigolant:

« -Ah vous êtes des Français en exil anti-Sarkozy aussi? »

J’hésite à refaire le coup de « I’m an american », mais Mehdi engage la conversation. Je leur souris gentiment et me dirige vers la cuisine. Je ne sens pas assez la vodka dans mon verre, je vais en ajouter un peu. Il y a cette française devant le frigo, dont la tête me dit bien quelquechose mais sans plus. J’ai une mémoire désastreuse. « -Salut Philippe, ca va? ». Merde, je pense, c’est qui déjà? Normalement, j’ai appris à bien gérer mon problème de mémoire pour que ça ne se voit pas trop. « Ca va et toi! », l’air enjoué. Pouvu qu’elle me demande pas comment je vais depuis la dernière fois, je me dis.

« -Tranquille. Alors, comment ça va depuis la dernière fois? ». Merde, merde et re-merde. Je prend l’air de chercher quelquechose des yeux.

« -Ben carrément bien, un peu occupé. T’as pas vu le tire-bouchon par hasard? »

A suivre…

T’as pas vu le tire-bouchon? 2/2

lundi 14 mai 2007

Vodka + Redbull = fille Je me demande bien ce que je suis venu chercher dans cette soirée -à part peut-être un tire-bouchon- vu que je passe mon temps à essayer plus ou moins d’éviter les gens. Je ne fais qu’observer au fond, je pourrais tout aussi bien poser une caméra et me regarder ça depuis chez moi en bouffant du Milka au caramel. Et puis je me demande aussi pourquoi j’en suis à mon quatrième mug de vodka-Redbull. Il est 2h passées, le DJing est catastrophique, « Toxic » de Britney Spears me casse les oreilles pour la quatrième fois de la soirée. Je décide de me rendre utile et enfile la casquette de DJ Wahlkampf pour un « set » d’une heure. J’arrive à faire danser les gens et ça me satisfait. Camille, ma voisine, vient me voir et nous parlons téléphone arabe et déformation de réalité. Cette soirée est de plus en plus absurde. Mais j’adore l’absurde. Les chiffres, sont les plus exposés à la dérive lorsqu’une information transite par plusieurs personnes. Je m’amuse du gonflement spectaculaire des statistiques qu’elle avance, mais dans cette bataille de chiffres, je suis mieux informé qu’elle. Elle a pas l’air de me croire. Je lui demande si elle a vu le tire-bouchon.

Je commence à avoir faim et le Mc Do n’est qu’à 300 mètres. Ah, le Mc Do de Schönhauser Allee. C’est un des seuls en Europe à ne jamais fermer, « durchgehend » ils disent en allemand. Des cheeseburgers à 1€ toujours prêts, 365 jours par an et 24h/24, à trois minutes de mon canapé. Vite acheté, vite mangé, vite digéré… Du coup avec les copains, Dan, Julien, le canard et le gitan, on y va souvent. Après trois ans à Berlin, j’ai divorcé avec les kebabs et la bouffe « tiers monde ». Chez Mc Do, pas de surprises, ça a toujours le même goût, et je trouve ce goût justement agréable. Je n’en ai pas honte. Je salivais presque en pensant à mon cheeseburger quand un inconnu en furie pénêtre dans l’appart, traverse en trombe la piste de danse direction le balcon, puis repasse en sens inverse à la même allure puis repart d’où il est arrivé. J’apprendrai plus tard qu’il était allé tout simplement mettre une droite à un autre type sur le balcon qui lui avait fait tomber sa bouteille de bière dessus. Forcément ça jette un froid dans la fête. J’aime pas tellement la violence, d’ailleurs je ne me suis jamais battu de ma vie. Enfin si, une fois en seconde, j’ai eu une explication « virile » avec un mec parce que sa petite copine et moi, on avait un peu fricoté. Le mec voulait sauver son honneur où un truc du genre. Il n’y avait pas eu de blessé et on était loin de Fight Club. Une fois j’ai mis un coup de poing à Daniel aussi, mais d’après le Gitan, c’est normal entre potes. Je sais même pas s’il a remarqué dans l’état où il était. Faudra que j’essaye de me bagarrer pour de vrai une fois. Quoiqu’il en soit, c’est le bon moment pour partir.

Il est 4h15, le Mc Do est plein. Je fais la queue, achète, mange, et digère en pédalant vers une autre fête à 5mn de là. Je ne connais qu’une personne dans cette fête, une Suissesse, et encore je l’ai vue trois fois seulement. Mais le Redbull a fait disparaître la traditionnelle fatigue de 4h du mat et j’ai envie de voir à quoi ça ressemble, une fête où l’on connait quasi-personne. Quand j’arrive, l’appart a l’air ravagé, mais il ne reste qu’un dizaine de gens pas très frais, rassemblés dans la cuisine. Il y a un mec qui s’est endormi avec sa bière à la main. Un autre passe de musique communiste des années 20 en allemand sur un ordinateur. J’écoute attentivement les paroles en ouvrant une bière. L’ambiance n’est plus vraiment festive, mais parfaite pour une fin de soirée aussi absurde qu’elle a commencé. Tout le monde se demande où est la dénommée Gaelle. Je ne la connais pas, et je m’en fous. Après une heure du genre de conversations que l’on paut avoir dans un tel contexte, le ciel derrière la fenêtre est de plus en plus clair, et qu’une belle journée se prépare. Sur la table, un tire-bouchon trône fièrement et mes yeux se mettent à briller. Je l’ai enfin trouvé, mon Graal. Je me décide donc à partir. Sur le pallier, je croise la fameuse Gaelle, l’air débraillée, qui descend l’escalier accompagnée d’un mec vaguement italien. Les cages d’escalier, c’est pas l’idéal. Déjà testé, on en ressort pas indemne au niveau du dos. On s’échange un regard qui veut tout dire et je descends.

Le soleil se lève, je repasse devant chez Marie en évitant les éclats de bouteille qui jonchent le trottoir. Il est 5h30, et la musique continue à filtrer par la fenêtre ouverte. Je monte voir, par curiosité. Il reste dix personnes, toutes sur la piste de danse à se trémousser. C’est le Redbull ça. Je vais sur le balcon seul fumer une cigarette en regardant passer le métro aérien. Le soleil chauffe mon visage et je me sens bien. Je me demande si l’addition de tant de futilités en une soirée sert à quelque chose. Je me dis que oui, mais que non. Je me dis que c’est la vie, et que la vie est absurde. Je me dis que je pense n’importe quoi et que cette fois, il est grand temps d’aller se coucher.

Bonne fête l’Europe!

mercredi 9 mai 2007

 Le drapeau de l'Europe par l'architecte Rem Koolhaas

 Le drapeau de l’Europe, vu par l’architecte Rem Koolhaas

Tout le monde semble s’en moquer, mais aujourd’hui 9 mai, c’est la fête de l’Europe. Et l’Européen pratiquant que je suis se doit de marquer le coup! L’Europe est souvent montrée du doigt comme un problème alors qu’elle est surtout une solution. Bien sûr, tout n’est pas rose, mais en cette journée de l’Europe, on devrait s’interesser à ces aspects qui font plaisir à voir! Alors voilà une petite selection de choses qui, à mes yeux, font l’Europe d’ aujourd’hui. Bien sûr il est possible et même souhaitable de poster dans les commentaires ce qui fait votre europe à vous.

EasyJet:

 Lancée en 1995, la compagnie a bas coûts est en train de donner vie concrètement à l’un des objectifs de l’Europe: La libre circulation des personnes. Et à travers celà bien évidement pour un maximum d’européens, la possibilité de découvrir d’autres endroits du continent, de se familiariser avec des cultures, de langues et des populations autrefois inconnues, jugées différentes voire craintes. Cela semble être un détail mais la démocratisation du transport est un des outils qui façonnent l’idée d’être Européen, ce fameux sentiment jusqu’ici abstrait et qui tend à se préciser. EasyJet et sa « concurrente » Ryanair (elles ne sont en réalité en situation de concurrence que sur quelques liaisons) ont fait voler à elles deux plus de 70 millions de personnes en 2006. La prime au « plus européen » revient toutefois à Easyjet, qui pour faire face à son expansion a acheté 140 Airbus, quand sa concurrente irlandaise a opté pour des Boeing.

  Les immigrés:

L’Europe est clairement une terre d’immigration, après avoir longtemps été un puissant foyer d’émigration. Ses villes sont le lieu d’un formidable brassage de cultures. Que l’on se promène dans les rues larges de Kreuzberg, les buildings du XIIIème arrondissement de Paris ou les ruelles romaines, on en voit de toutes les couleurs, blanc, jaune, noir… Sans tomber dans l’imagerie caricaturale du black blanc beur où « tout le monde il est gentil », on peut considérer cette multiculturalité comme une des caractéristiques de l’Europe actuelle. Et se questionner sur la meilleure façon d’intégrer ce petit monde, afin que nous puissions devenir des virtuoses dans l’art du « vivre-ensemble ». Les raisonnements actuels concernant l’immigration sont complètement à coté de la plaque, et les débats lors de la dernière campagne présidentielle Française en sont une illustration fracassante. La question n’est pas: « comment freiner l’immigration? » ou « comment mieux sélectionner l’immigration? ». Non. Un démographe débutant vous dira que de se poser dans cette problématique, c’est avoir complètement le nez dans le guidon. La vraie question est: « Comment allons nous faire pour intégrer les dizaines de millions d’immigrés (et leurs enfants!) dont l’Europe a un besoin vital dans les prochaines décennies mieux que nous l’avons fait avec ceux arrivés depuis les années 1960 tout en gardant des valeurs auxquelles nous tenons et qui nous représentent? ». Oui la question est longue et fait peut-être peur à certains, mais c’est un défi essentiel, et qui concerne tout ce vieux continent qui ne fait plus assez de bébés.  Une début de réponse peut-être: les millions de personnes d’origine étrangère qui vivent en Europe et qui font le pont entre des cultures différentes ne se sentiraient-ils pas plus valorisés dans la société si on leur disait: «Vous allez nous aider à être la courroie de transmission vers l’intégration des vagues d’immigration futures?»

 La Suisse:

« Ah, La Suisse! » (A prononcer avec un bon accent vaudois style Ovomaltine). 26 cantons au sein d’une Confédération, 4 langues officielles plus l’anglais connu de tous, 2 religions dominantes, 7 millions d’habitants dont 1 million d’étrangers et 1 million de Suisses vivant à l’étranger, taux de chômage inférieur à 3%. Paradoxalement hors du système, la Suisse, c’est une mini-Europe qui marche, avec autant de complexités que de lacs. Le système politique en Suisse est mal connu. Pourtant, c’est le modèle qui se rapproche concrètement le plus de l’idéal des Philosophes des Lumières. 3 points essentiels:

-Système confédéral. Chaque canton a une grande autonomie: fiscalité, éducation, police, transport, tout cela est géré au niveau cantonal. Le plus grand canton, Berne, a la taille d’un département français.

-Démocratie directe et droit d’initiative populaire. Des référendums, pardon « votations », à tous les échelons, communal, cantonal, national, pardon « fédéral » sur potentiellement tous les sujets, de la couleur du tram à l’adhésion à l’UE.

-Gouvernement d’union nationale et culture du consensus. Le gouvernement, pardon « conseil fédéral » est formé de sept membres choisis en fonction de la composition du parlement (tous les partis sont représentés), de leur langue, religion et sexe. Le conseil fédéral représente le Pays.

Les Suisses ont toujours refusé d’entrer dans l’UE. Pour eux, ca n’est pas à la Suisse de se « bruxelliser », mais à l’Europe de « s’ helvetiser ». Tout Européen que je suis, je ne peux qu’approuver.

 

à suivre…