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Mc Gyver fait tomber le mur de Berlin avec son couteau suisse

lundi 9 novembre 2009
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Mac gyver, le vrai artisan de la chute du Mur de Berlin

Le lever du rideau de fer fait partie de mes premiers souvenirs de l’actualité du monde. Plus encore que la chute du Mur de Berlin, l’image que mon cerveau d’enfant de huit ans a imprimé, c’est l’ouverture du la frontière austro-hongroise, de quelques mois antérieure, et ces files de Trabant, ces gens tout contents. Je trouvais ces bonshommes et bonnes femmes bloqués dans cet embouteillage géant bizarrement Humains. Il faut dire que j’étais déja bien brainwashé.

Et notamment par Mac Gyver. A l’époque, je n’avais pas encore de sens critique capillairement parlant, et Richard Dean Anderson était mon héros absolu. Régulièrement, dès la première saison en fait (1985), le roi du couteau suisse devait en découdre avec les les soldats toujours grisâtres du bloc de l’est. Son job, c’était généralement de ramener un microfilm (le MMS n’existait pas bien sûr) de Budapest, Sofia ou Berlin-Est, et en profiter -tant qu’on y est- , pour faire échappper une pauvre famille blonde et slave persécutée pas les communistes, rêvant de Liberté avec un grand L et de Cheeseburgers avec un grand C. Business as usual. Dans le genre manichéen, on n’a fait pas mieux que Mc Gyver. Liberté vs. Oppression, point.
A l’heure de rentrer en CE2, la conclusion que j’en tirais d’un point de vue géo-ethno-stratégique, c’est que l’Europe s’arrêtait à la Porte de Brandenburg. A l’est de Berlin, ca devait être des russes, des chinois, ou des martiens, enfin des gens très très différents de nous autres français, américains, ouest-allemands, enfin nous quoi, les mangeurs de cheeseburgers.
A l’époque, l’Amérique,  c’était tendance, plus encore que le jour de l’élection d’Obama. Nous achetions sans rechigner, en souriant même, tout ce qui venait d’outre-Atlantique. Même coté vestimentaire, la mode pouvait venir de Dallas ou de Cleveland, on voulait les mêmes bermudas et les mêmes T-shirts taille XXL. C’est dire la profondeur de notre amour…
Dans le Paris de la fin des années 80, tous les hongrois, polonais, russes que j’avais pu rencontrer avaient fui le communisme. Ça corroborait pas mal les thèories MacGyveriennes.
Et puis l’Allemagne s’est réunifiée. J’ai réalisé que les allemands de l’ouest comme ma grand mère, et ceux de l’est,  c’était le
même peuple à la base. Plus troublant encore, au fil des années 90, les gens sérieux à la télé ont commencé à parler du nouvel eldorado économique en Europe de l’Est. Ah bon! C’est aussi des Européens à l’Est? On m’aurait menti? Je croyais toujours que c’était des russes, des chinois, des martiens
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hypermarché typiquement communiste, Budapest

Pendant que l’Europe pansait ses plaies à coup de scotch, d’OTAN et d’UE, dans le reste du monde c’était plutôt tranquille. L’Irak envahissait le Koweit mais bon, c’est loin l’Irak. La Somalie se déchirait, mais bon, c’est l’Afrique. Les Slaves du Sud tapaient sur les Slaves du Sud qui le leur rendaient bien, mais bon, c’est pas des européens, c’est des martiens. Et le 27 septembre 1996, alors que l’Allemagne s’apprête à fêter les 6 ans de sa Réunification, un groupe rebelle, les « taliban » (tellement uniques qu’ils ne prennent  pas de « s » au pluriel) prend Kaboul dans l’indifférence générale. Mais après des décennies d’hivers qu’on craignait nucléaires, ces remous n’étaient que de petits orages dans ce joli nouveau monde unipolaire, et définitivement estival.
Las, un Mac Gyver au bord de la dépression et en mal d’ennemis s’eclipse pour toujours le 21 mai 1992. Richard Dean Anderson abandonne son fidèle couteau suisse pour aller guerroyer contre des martiens dans la série de science-fiction Stargate SG1. Les méchants, c’est toujours les martiens.
Donc 20 ans plus tard, dans quelques heures, je vais (peut-être) braver la pluie et la foule pour voir la Chancelière de l’Allemagne réunifiée, le Président de la si démocratique Russie, celui de la si démocratique France et Hillary Clinton (Obama avait dentiste, a pas pu venir) et toute la compagnie pousser des dominos de béton pour symboliser la chute du Mur et les réunifications de Berlin, de l’Allemagne, de l’Europe et du Monde. Mais une question reste en suspens et Mac Gyver a peut-être la réponse. Quand va t-on enfin se réconcilier avec les martiens?

Doing Germany 2 – d’Hagenow Land à Duchanbé

lundi 28 juillet 2008

Le début du voyage est là

Deux trains plus tard, me voilà à la première étape de mon périple: Lübeck-Blankensee International Airport. Ou plus exactement sa gare. Ou plus exactement son quai, fraîchement inauguré. C’est peu charmant. Je me dis qu’il faut que je quitte cet endroit plus déprimant qu’un Houellebecq au plus vite, sinon ça n’est pas moi qui vais monter dans le prochain train mais l’inverse. Ils ont bricolé l’arrêt en six semaines et pour pas cher, même que c’est ça, l’angle de mon article.

Voilà comment on explique aux voyageurs le chemin pour l’aéroport:

Je questionne des passagers et des employés, qui me regardent comme un extra-terrestre. Ils se demandent bien en quoi leur aéroport, et à fortiori la gare de leur aéroport peut intéresser des français. Je suis pris d’un léger doute; quelque part, leur perplexité est justifiée, je trouve.

Le quai. Au fond, Lübeck sous le soleil

Le temps de prendre un café et un croissant au lounge de l’aéroport, mon train arrive. La ville de Lübeck semble plus jolie que son aéroport international. Dommage, je n’ai que vingt minutes pour m’y balader avant mon prochain train, pour la prochaine ville. Une grande ville.

C’est la première fois que j’y vais. Je récapitule les infos qui traînent en ordre dispersé dans ma tête, façon Julien Lepers.

« Top je suis la deuxième ville d’Allemagne, peuplée d’environ 1,8 million d’habitants. Sérieusement ravagée en 1943 par les bombes incendiaires de « l’opération Gomorrhe », mon nom n’a rien à voir avec le plat traditionnel américain. Grande ville portuaire, mon célèbre quartier rouge « la Reeperbahn » comprend une rue interdite aux femmes, hormis celles de mauvaise vie qui y travaillent, et ce dans l’Allemagne supposément féministe. Ville-État, dont l’exceptionnelle pluviométrie relègue Paris au rang de station balnéaire… je suis, je suis… »

Hambourg. le Port.

Les villes, c’est comme les gens. Avec certains, le courant ne passe pas lors du premier contact, avec d’autres, on est plus distant, plus dans l’expectative. Et puis il y en a avec qui, en cinq minutes, on sent les énergies converger et on qu’on va être amis pour la vie. Voilà, avec Hambourg c’était comme ça. Un sentiment diffus, qu’il y a quelque chose à vivre, ici, un jour.

Dans le train bondé pour Brême, coincé entre une famille turque à marmots braillants et un groupe d’erasmus espagnols, je me promets d’y retourner cette année.

J’ai passé une journée à Brême il y a quinze ans, lors d’un échange linguistique dans la ville voisine d’Osnabrück. Je n’avais pas été particulièrement impressionné par la qualité de l’architecture de la cité hanséatique. En effet, il n’y a pas de quoi. Je me souviens surtout que j’avais bien aimé les trams, partout. J’ai toujours bien aimé les trams. Ironie du sort, c’est précisément pour en photographier que je suis là, à 11h25 ce samedi matin, seul, et non au bar25 avec mes copains. Voilà, ça fait sept lignes sur Brême. Difficile d’en dire davantage.

Brême, le tramway pour l’aéroport

Après avoir dégusté de succulentes Penne Bolognese à 6€ au buffet de la gare, je saute dans le prochain train, direction Osnabrück, Münster, puis la Ruhr. Le RE 4465 file à travers la campagne Bas-Saxonne; des bois, des champs et des fermes, c’est joliment champêtre. Je me dis que les allemands sont quand même très forts. En effet, à coté des éoliennes omniprésentes, la plupart des fermes de cette région rurale sont équipées de panneaux solaires. Bienvenue au 21ème siècle! Je pense aux agriculteurs de « chez moi » dans le Loir-et-Cher. C’est pas demain la veille qu’ils installeront des panneaux solaires sur leur toit. L’Allemagne a cru aux énergies renouvelables il y a vingt ans, alors qu’en France on faisait des blagues sur l’écologie, et qu’on continue à en faire (Jean-Louis Borloo). Aujourd’hui, les allemands exportent dans le monde entier pour 980 milliards (!) par an,  en particulier leurs technologies vertes. En France, on vend (enfin on essaye) des centrales nucléaires à la Libye d’une main et on colmate Tricastin de l’autre. Cherchez l’erreur.

J’arrive à Münster, « la ville la plus vivable du monde » d’après une étude, connue non pas pour son fromage mais pour son goût du vélo (300 000 bicyclettes pour 270 000 habitants). Je fais un petit bilan. Ça fait neuf heures que je suis parti, j’ai parcouru près de 700 km et je m’apprête à prendre mon onzième train régional. Étrangement, ce voyage n’a rien d’ennuyeux. Avec toutes ces étapes, le temps passe très vite. Et puis regarder le paysage défiler avec la musique dans les oreilles, ça donne l’illusion saisissante d’être dans un film. C’est un peu l’aventure, comme dans l’excellent « Darjeeling Limited ».

Enfin presque. Ça reste quand même l’Allemagne, tous les trains sont partis pile à l’heure et aucun ne s’est perdu au milieu du désert.

Avec les TGV et autres avions long-courrier, on a peut-être oublié le coté délicieusement aléatoire du voyage. On monte dans un avion à Charles-de-Gaulle, on boit un verre de mauvais vin rouge, on ferme les yeux et quand on les rouvre on est à Pékin ou à Los Angeles. Et on a pas connu Hagenow Land.

Je révasse à un prochain voyage en Asie… Je prends l’Orient-Express jusqu’à Moscou, puis un autre train jusqu’à la mer Caspienne, que je traverse sur un bateau de pêcheur. Arrivé à Turkmenbashi, je loue une vieille Lada pour aller jusqu’à la frontière ouzbèque, où, faute de route je dois acheter un cheval pour rejoindre Duchanbé, au Tadjikistan. Après un arrêt chez le barbier, je revends mon étalon sur un marché et fais du stop jusqu’à l’aéroport. En attendant mon vol, je bois dix vodkas avec un vieux russe nostalgique du communisme, lequel s’avère être le pilote du Tupolev rouillé qui doit m’emmener vers Bangkok. Mais, à court de carburant, celui-ci se pose en catastrophe dans le nord de la Birmanie. Il me faut alors traverser la frontière chinoise clandestinement, déguisé en paysan. Arrivé exténué à Kunming, après six jours de marche à travers le Yunnan, je passe une quelques jours au Sheraton. Au bar, je rencontre Tracey Woods, une businesswoman américaine que je soupçonne de travailler pour la CIA. Nous vivons une courte, mais intense passion. Dans l’avion qui m’emmène à Hong Kong, je me retrouve par hasard assis à coté un ami d’enfance, dont le père est Consul de France à Hongkong. Il m’invite à une réception le soir même, l’occasion de constater que rochers Ferrero et vodka-martini se marient à la perfection…

Duchanbé

Je suis dans le train pour Essen. Il y fait un peu froid à cause de la climatisation. D’après les cours de géographie de seconde, je m’apprête à pénétrer dans une énigmatique banane bleue