Doing Germany 1 – Le train de 4h30

Sur les escaliers qui descendant vers le quai du S-Bahn, chaque marche ou presque est ornée d’une élégante flaque de vomi. Il est 4h06, la nuit a été arrosée.

Dans le train de 4h30, c’est le cirque. Des mecs en survêtement et casquette vont et viennent, une bouteille de Sternburg à la main. Les filles qui les accompagnent, sont blondes, grosses, et moches. Elles sont occupées à s’engrosser encore davantage en se perfusant du Mc Donald’s. Le train va jusqu’à Wismar, quelque part dans le néant culturel et urbain qui encercle Berlin. « L’Allemagne-d’en-bas ». J’ai pas encore dormi, et observer les reliquats de ce qui était sensé être, à une époque pas si lointaine, la race supérieure, ne me fait rire que cinq minutes. J’essaie d’être tolérant, je me dis qu’ils n’ont pas eu de chance, qu’ils ont grandi dans le Brandenbourg avec des parents communistes et Helmut Kohl comme chancelier. Je me dis qu’au moins ceux-là prennent le train de 4h30 pour rentrer à la maison. Ils n’iront pas encastrer leur voiture tunée dans un des platanes bordant les routes du coin. Il est bien ce train, il sauve des vies. Quoique. La société se porterait elle plus mal si le train de 4h30 n’existait pas? Faut-il vraiment de tout pour faire un monde?

Au fond, je suis un pur produit de l’individualisme. Je veux façonner mon monde à moi, un monde qui me plaît esthétiquement. Je veux pouvoir braquer les projecteurs de ma perception sur ce qui me semble avoir du sens et laisser les buveurs de Sternburg dans l’ombre. Je fais hurler Kate Bush dans mes écouteurs et jette un œil par la fenêtre.

Je me dis que ça n’a pas du être bien compliqué pour les russes de traverser, vengeurs, les plaines de Poméranie. A coté, la Belgique, c’est les Alpes. S’il n’y avait pas eu l’Elbe, ils auraient peut-être atteint Hanovre, Cologne ou Bruxelles. Je sors mon livre, page 78.

« Après notre mariage, pendant ces deux années qu’il a passées sans militer, il a beaucoup écrit et il était heureux. Mais d’abord, l’était il? Ça m’arrangeait de le croire; et jusqu’à cette nuit, je n’ai jamais osé épier ce qu’il se dit seul à seul. Je ne me sens plus très sûre de notre passé. S’il a voulu si vite un enfant, c’est sans doute parce que je ne suffisais pas à justifier son existence; peut-être aussi cherchait il un revanche contre cet avenir sur lequel il n’avait plus de prise » Je replace mon marque-page page 78 et ferme les yeux. Ils refusent de lire, et mon Être quant à lui refuse de se sentir femme.

Quand je me réveille, je suis là:

On ne se rend peut-être pas bien compte en photo, mais quand on est vraiment à Hagenow Land un samedi à 6h26, à attendre la correspondance pour Büchen, on se sent comme… Hmmm, comment exprimer ce sentiment? Enfin je veux dire, ce sont des choses qu’il faut avoir vécu au moins une fois dans une vie. Le véritable exotisme au fond, c’est peut-être Hagenow Land.

à suivre.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :