La bagarre 2/2

Deuxième acte vendredi. Il y a une soirée « swimmingpool » dans la galerie de Maud. Une soirée swimmingpool, tiens donc. Sans piscine. Sans maillot de bains. Par contre il y a des cocktails de toutes les couleurs, et des gummibärchen. Je suis un accroc complet aux gummibärchen, mais je me soigne. Pas plus de vingt, me dis-je en apercevant le vase plein des ces délicieux petites trucs chimiques. On a donné rendez-vous à pas mal de monde ici pour le début de soirée. Notamment, on doit rencontrer nos suédoises.

Il n’y a pas trop de monde, mais les gens sont sympas et détendus, y compris Maud. Le problème, c’est que la galerie d’à coté a aussi fait une fête. C’est un truc gothique, donc les gens sont bizarres. Evidemement, c’est là qu’on retrouve les suédoises, qui se sont trompées de point de rendez-vous. Les suédoises, elles sont tarées. Je dis pas ça méchamment, surtout que vraiment, on les aime beaucoup. Mais bon voilà quoi. Caro, la blonde péroxydée tout droit sortie des années 80, est la plus « normale » d’entre elles. Oui, je sais bien que ça veut rien dire « normale », à Berlin, mais je ne sais pas quoi écrire d’autre. Disons que je n’aurais pas trop peur de l’inviter chez mes parents. Puis, il y a Christine, très classe, issue de la bourgeoisie, bien habillée; mais qui si on l’observe deux minutes fait peur tant elle a l’air stressée paniquée par la vie. Entre elles, elles se donnent des noms de plats (en suédois) comme « chili con carne », « sushi » ou « spaghetti bolognaise ». si si!

Et puis, il y a Julia. Julia est clairement très jolie. Non, pour être tout à fait honnête, c’est un canon. Des traits fins, un sourire ravageur, de grands yeux (signe de fertilité parait-il), enfin toute la panoplie de la fille de magazine. Sauf qu’elle est pas nette, mais alors pas nette du tout dans sa tête. On arrive face à la devanture de la galerie où elles sont assises toutes les trois avec une bière à la main. La belle brochette de suédoises. Mais Julia n’a pas l’air dans son assiette. Elle regarde fixemement ses chaussures et prête peu d’attention à notre arrivée. Avec Julien on se regarde, l’air de dire « Ouais bon bref, c’est Julia, pas d’affolement, elle est tarée de toute façon ».

« What’s up with you Julia? » demande Julien, prévenant avec les demoiselles comme à son habitude. « I don’t know. Since I’ve left my job in this bar, I’ve got too much energy, and I can’t stand it anymore ». « Well then take a run around the block, you’ll feel better », que je lui dis, moqueur. Elle me regarde, et ses yeux verts virent au noir. « No, I’d better need a good fight. C’mon, let’s fight together, right now! ». Merde je me dis, j’aurais mieux fait de la fermer. « But Julia… », lui dis-avec des yeux de merlan-frit, « I can’t fight you. You’re a woman and I just can’t fight women. And i’d be afraid to hurt you ». Elle se lève d’un bond et colle son visage à 5mm du mien en me fixant droit dans les yeux. « Fight me! Now! I’ll feel so much better afterwards », crache t-elle. Je suis pris au piège. Je veux pas non plus passer pour une mauviette. « Ok », je dis, « but as soon as you’re lying on the floor, we stop, ok? ». Elle me décoche une coup de poing viril dans l’épaule en lachant un « ok! » visiblement libérateur. Je me laisse chatouiller frapper en faisant mine de riposter, même si évidemement je retiens mes coups. Pas si facile en fait, de se « battre » contre une fille. Au bout de trente secondes je la soulève, toute légère qu’elle est, tandis qu’elle se débat comme un poisson rouge tombé de son bocal. Délicatement, je la dépose sur le sol et elle se met à me sourire, vaincue. « thank you », dit elle essouflée avant de poser tendrement ses lèvres sur les miennes en guise de remerciement. Tarée, je vous dit. Je l’aide à se relèver et je vais rejoindre Julien, pas plus étonné que ça par la scène. « Elle est tarée de toute façon » dit-il.

Je m’éloigne au plus vite de la furie pour retrouver l’athmosphère civilisée de la galerie de Maud, faire un peu de smalltalk. Plus tard, Julia diparaîtra avec un mec moche à tatouage (c’est une fétichiste des tatouages), sorti d’on ne sait quelle cave de Friedrischain, et sur lequel elle s’était littéralement jetée. Je me mets à la place du-dit mec, qui ne la connaissant pas, assume qu’elle est normale. Ca doit être un peu la même impression que lorsqu’on gagne au loto sans même avoir joué. Mais bon, si le paquet-cadeau est magnifique, froussard comme je suis, en entendant le tic-tac-tic-tac à l’intérieur, j’aurais pas envie d’ouvrir pour voir ce qu’il y a dedans. Avis aux démineurs tatoués, vous savez où la trouver.

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Rien à voir, mais ce soir là, une rumeur circulait. Une soirée illégale, le lendemain, tous les appartements ouverts, un immeuble entier abandonné, en plein coeur de Prenzlauer Berg… Une soirée qui pourrait rester dans les annales… Ah oui, c’était vrai? On en reparlera ici bientôt…

 

Pour les impatients germanophones, vous pouvez aller voir chez Daniel, qui sur ce coup là a été plus rapide que moi. (J’ai maintenant 10 jours de retard et il s’est passé plein de trucs depuis)

2 Réponses to “La bagarre 2/2”

  1. Jen Says:

    la connasse ne retient qu’un truc :

    grands yeux=signe de fertilité

    ok, noté.

  2. Le gitan Says:

    Moi, je retiendrai que philippe s’est fait mettre une énorme branlée par une fillette suédoise (quoique la nationalité n’ait aucun rapport… elle aurait bien pu être mandchoue que ca n’aurait rien changé…)

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