Une semaine ordinaire à Berlin: Jeudi pop pop 2/2

Dans le canapé au fond du bar, le Canard fait des trucs bizarres avec ses yeux. Il est visiblement sous le charme. Pendant ce temps, je sers à la DJ qui a terminé son set une Vodka Tonic. Il est à peine 2h, le DJ italien qui l’a remplacée aux platines parvient à faire se remuer une petite dizaine de personnes sur le minuscule dancefloor. C’est pas mal pour un jeudi soir au Dr Pong. Sonia qui annonce son départ imminent depuis 23h, est toujours là. J’adore que les gens soient inconséquents. Surtout Sonia, qui se donne habituellement tant de peine pour être sérieuse.

Daniel le géant Suisse se lève finalement du canapé où il était assis depuis le début de la soirée pour s’installer au bar. Son compteur de bières est à un niveau inhabituellement bas, mais je vois dans ses yeux bleus qu’il compte désormais rattraper son retard. Il commande un gin tonic et un shot de Jaegermeister. Julien s’en amuse alors que le Canard vient s’installer au bar, vite rejoint par son jeune éphèbe. Des « pingpong nerds » tournent sans fin autour de la table. Dans une onde d’amour soudaine, ils sont imités par les langues du Canard et de son « petit Eric ». Un éphémère couple s’est formé sous nos yeux émerveillés. Trop alcolisés pour penser à une quelconque discrétion, les deux hommes s’embrassent tendrement, accoudés au comptoir. Je vais prendre l’air en me demandant si une telle chose serait possible ailleurs qu’à Berlin. Cette ville est extrèmement tolérante, voire complaisante, en particulier avec l’homosexualité. -edit: certains (une personne en fait) ont jugé ce commentaire « anti-homosexuel ». il ne l’est pas bien évidemment. manquerait plus que ça!- Et l’alcool aussi. Julien me rejoint tout sourire: « Ca fait deux filles délaissées en plus sur cette planète ». J’approuve d’un hochement de tête, et regarde l’horloge digitale du kiosque voisin: 3h29, 23°. En ce premier matin de juin, le ciel berlinois commence à s’éclaircir.

Le tout jeune couple nous salue et s’éloigne sur le trottoir, main dans la main. La DJ est toujours là, et ses amis l’enjoignent de prendre le chemin de la maison. Et pas sur son vélo mais en taxi. La soirée touche à sa fin mais je ne suis pas fatigué, à cause du RedBull. Tout ce petit monde quitte le Dr Pong gentiment alcoolisé, je range et ferme l’endroit. J’adore marcher dans les rues de Berlin désert l’été, lorsque le jour se lève avant 4h. Je franchis en diagonale le carrefour de la Schönhauser Allee en évitant le tram et m’engage dans la Lychener Strasse. Tiens, il y a encore du monde au August Fengler et au Zu Mir Oder Zu Dir. J’hésite à aller prendre une bière, mais en fait, non.

Visit Prypiat dot com?

Je rentre et commence à regarder un film. J’aime bien faire ça, changer radicalement d’ambiance d’un instant à l’autre. « Die Wolke » donc, tiré d’un bouquin pour ados archi-célèbre (en Allemagne) de Gudrun Pausewang est une sorte d’Hélène et les Garçons post-apocalyptique. C’est la transposition de la catastrophe de Tchernobyl dans la campagne bavaroise sur fond d’histoire d’amour radioactive entre deux adolescents. Ou l’inverse. Le film est franchement moyen mais cet improbable mélange des genres m’a foutu les jetons. A 7h ce matin, je comprends finalement pourquoi les allemands ont décidé de sortir du nucléaire. Sur une longue période, un accident comme Tchernobyl est, malgré toutes les précautions, inévitable. Des champignons atomiques dans la tête, je m’endors avec un nouveau fantasme étrange: Je veux aller à Prypiat!

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