T’as pas vu le tire-bouchon? 2/2

Vodka + Redbull = fille Je me demande bien ce que je suis venu chercher dans cette soirée -à part peut-être un tire-bouchon- vu que je passe mon temps à essayer plus ou moins d’éviter les gens. Je ne fais qu’observer au fond, je pourrais tout aussi bien poser une caméra et me regarder ça depuis chez moi en bouffant du Milka au caramel. Et puis je me demande aussi pourquoi j’en suis à mon quatrième mug de vodka-Redbull. Il est 2h passées, le DJing est catastrophique, « Toxic » de Britney Spears me casse les oreilles pour la quatrième fois de la soirée. Je décide de me rendre utile et enfile la casquette de DJ Wahlkampf pour un « set » d’une heure. J’arrive à faire danser les gens et ça me satisfait. Camille, ma voisine, vient me voir et nous parlons téléphone arabe et déformation de réalité. Cette soirée est de plus en plus absurde. Mais j’adore l’absurde. Les chiffres, sont les plus exposés à la dérive lorsqu’une information transite par plusieurs personnes. Je m’amuse du gonflement spectaculaire des statistiques qu’elle avance, mais dans cette bataille de chiffres, je suis mieux informé qu’elle. Elle a pas l’air de me croire. Je lui demande si elle a vu le tire-bouchon.

Je commence à avoir faim et le Mc Do n’est qu’à 300 mètres. Ah, le Mc Do de Schönhauser Allee. C’est un des seuls en Europe à ne jamais fermer, « durchgehend » ils disent en allemand. Des cheeseburgers à 1€ toujours prêts, 365 jours par an et 24h/24, à trois minutes de mon canapé. Vite acheté, vite mangé, vite digéré… Du coup avec les copains, Dan, Julien, le canard et le gitan, on y va souvent. Après trois ans à Berlin, j’ai divorcé avec les kebabs et la bouffe « tiers monde ». Chez Mc Do, pas de surprises, ça a toujours le même goût, et je trouve ce goût justement agréable. Je n’en ai pas honte. Je salivais presque en pensant à mon cheeseburger quand un inconnu en furie pénêtre dans l’appart, traverse en trombe la piste de danse direction le balcon, puis repasse en sens inverse à la même allure puis repart d’où il est arrivé. J’apprendrai plus tard qu’il était allé tout simplement mettre une droite à un autre type sur le balcon qui lui avait fait tomber sa bouteille de bière dessus. Forcément ça jette un froid dans la fête. J’aime pas tellement la violence, d’ailleurs je ne me suis jamais battu de ma vie. Enfin si, une fois en seconde, j’ai eu une explication « virile » avec un mec parce que sa petite copine et moi, on avait un peu fricoté. Le mec voulait sauver son honneur où un truc du genre. Il n’y avait pas eu de blessé et on était loin de Fight Club. Une fois j’ai mis un coup de poing à Daniel aussi, mais d’après le Gitan, c’est normal entre potes. Je sais même pas s’il a remarqué dans l’état où il était. Faudra que j’essaye de me bagarrer pour de vrai une fois. Quoiqu’il en soit, c’est le bon moment pour partir.

Il est 4h15, le Mc Do est plein. Je fais la queue, achète, mange, et digère en pédalant vers une autre fête à 5mn de là. Je ne connais qu’une personne dans cette fête, une Suissesse, et encore je l’ai vue trois fois seulement. Mais le Redbull a fait disparaître la traditionnelle fatigue de 4h du mat et j’ai envie de voir à quoi ça ressemble, une fête où l’on connait quasi-personne. Quand j’arrive, l’appart a l’air ravagé, mais il ne reste qu’un dizaine de gens pas très frais, rassemblés dans la cuisine. Il y a un mec qui s’est endormi avec sa bière à la main. Un autre passe de musique communiste des années 20 en allemand sur un ordinateur. J’écoute attentivement les paroles en ouvrant une bière. L’ambiance n’est plus vraiment festive, mais parfaite pour une fin de soirée aussi absurde qu’elle a commencé. Tout le monde se demande où est la dénommée Gaelle. Je ne la connais pas, et je m’en fous. Après une heure du genre de conversations que l’on paut avoir dans un tel contexte, le ciel derrière la fenêtre est de plus en plus clair, et qu’une belle journée se prépare. Sur la table, un tire-bouchon trône fièrement et mes yeux se mettent à briller. Je l’ai enfin trouvé, mon Graal. Je me décide donc à partir. Sur le pallier, je croise la fameuse Gaelle, l’air débraillée, qui descend l’escalier accompagnée d’un mec vaguement italien. Les cages d’escalier, c’est pas l’idéal. Déjà testé, on en ressort pas indemne au niveau du dos. On s’échange un regard qui veut tout dire et je descends.

Le soleil se lève, je repasse devant chez Marie en évitant les éclats de bouteille qui jonchent le trottoir. Il est 5h30, et la musique continue à filtrer par la fenêtre ouverte. Je monte voir, par curiosité. Il reste dix personnes, toutes sur la piste de danse à se trémousser. C’est le Redbull ça. Je vais sur le balcon seul fumer une cigarette en regardant passer le métro aérien. Le soleil chauffe mon visage et je me sens bien. Je me demande si l’addition de tant de futilités en une soirée sert à quelque chose. Je me dis que oui, mais que non. Je me dis que c’est la vie, et que la vie est absurde. Je me dis que je pense n’importe quoi et que cette fois, il est grand temps d’aller se coucher.

2 Réponses to “T’as pas vu le tire-bouchon? 2/2”

  1. Maitresse de maison Says:

    tu es gonflé, je n´ai pas bu une seule vodka!

  2. La Bagarre 1/2 « vu d’ici Says:

    […] Bagarre 1/2  Je ne me bats jamais d’habitude, je l’ai déjà dit. Je suis un tendre, un doux, un agneau. J’aime les bisous, plutot. Mercredi, j’ai bien […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :