Sommes nous Français? Une soirée électorale à Berlin.

 6 mai 2007, soirée électorale. Je suis surpris par l’affluence en dépit du manque de suspense. L’élection est pliée depuis bien longtemps, mais plus de 400 personnes s’entassent au Dr Pong pour assister au sacre de Sarko Ier. La majorité des personnes présentes n’a pas voté pour le nouveau président. A Berlin, Ségolène Royal a été confortablement élue avec 72%. En tant qu’organisateur de la soirée, je cours partout, je sers des mains, je fais des bises, j’échange des coordonnées, je parle avec tout le monde. Je me rend compte une nouvelle fois que je connais pas mal de français à Berlin, beaucoup plus que d’allemands, malheureusement. A 19h45, une centaine de jeunes français sont massés sur le trottoir devant le bar bondé, il n’est plus possible d’entrer. Oliver, le propriétaire américain, doit même aller se chercher une bière chez l’asiatique à coté tant les entrées sont bouchées.

Tout le monde connait le résultat, et dans les conversations l’élection passe vite au second plan. On jouit de notre chance d’être à Berlin, « probablement une des meilleures villes pour vivre en Europe aujourd’hui ». Il y a parmi ces jeunes expats et autres erasmus un sentiment étrange par rapport à la France. C’est notre pays, et donc quelquechose qui nous rassemble. Mais il y a aussi l’impression d’être un étranger dans son propre pays. La sociologie des Français de l’étranger mériterait d’être étudiée! Nous avons un rapport très particulier à la mère patrie. Nous sommes fondamentalement différents de ceux qui ne sont jamais partis. Nos expériences, nos réalités et nos références sont différentes. Il y a des choses bien franchouillardes qui ne nous corrspondent plus. Et bien évidemment, lorsque Nicolas Sarkozy dans son discours parle d’identité nationale, tout le monde ici le siffle copieusement. Pour nous le concept même de « l’identité nationale » n’a absolument aucun sens. Parce que nous avons pris un peu des différents pays où nous avons vécu. Je me sens définitivement un peu Suisse, un peu Allemand, très Européen. Par contre, après bientôt sept ans hors de France, je me sens de moins en moins français, même si quelque part je le serai toujours. Sentiment mitigé d’appartenance.

Nous décidons de noyer notre incertitude patriotique dans une boisson toute germanique. Je ne comprend pas cette France qui a porté Nicolas Sarkozy à sa tête, mais je ne veux plus y penser. J’ai envie de danser. DJ Wahlkampf aux platines passe du Gainsbourg – Aux Armes etc… et du NTM – Qu’est ce qu’on attend pour foutre le feu?.  De la musique bien de chez nous. Mais c’est où déjà, chez nous?

5 Réponses to “Sommes nous Français? Une soirée électorale à Berlin.”

  1. Didier Says:

    400 personnes c’est beaucoup, mais comment ont il été prévenu de cette soirée?

  2. MIP Says:

    Sympa ce petit résumé !
    Au passage, je vais mettre le blog en lien sur le mien et transmettre l’adresse à un ami berlinois !

  3. Noémie Says:

    Je me suis tout à fait reconnue dans ton article!! Je vote Bayrou depuis 5 ans (j’avais d’ailleurs voté depuis Berlin il y a 5 ans) et n’ai vecu en France que 6 mois depuis 1999. Je suis désormais à Bruxelles, où l’épidémie de Sarkoléra a fait des ravages….et meme au 1er tour, pour lequel je m’attendais à ce que Bayrou passe, pensant que les expats et autres étudiants auraient perdu leurs oeillères conservatrices en route. je suppose que j’ai été bien naïve puisque les expats français travaillent majoritairement pour les institutions européennes ou représentations gouvernementales françaises.
    Au sujet de ce que tu avances quant à la sociologie des français de l’etranger, mon experience m’a démontré également que vivre à l’etranger pendant qq années transforme les petits français. Je trouve d’ailleurs plutot ironique lorsque mes collègues de bureau slovaque, allemand, espagnol, leton etc me présentent à leurs amis en disant que je suis une « fausse » française! Ca me fait toujours beaucoup rire mais en qq sorte, c’est assez vrai. Quand j’ai du passer 6 mois à Paris apres 6 ans à l’etranger, au départ j’ai adoré. N’etant pas parisienne, je suis tombée amoureuse de la ville et de sa beauté. Par contre, au bout de qq mois, je commencais à tourner en rond et à avoir du mal à rester aux soirées de mes copains: le milieu franco-français commencait à serieusement me taper sur le système. Cette façon de croire qu’ils sont les seuls à détenir les clés aux problèmes français sans pour autant agir, cette façon de constamment tout critiquer sans proposer d’alternative, cette habitude de croire que les difficultés françaises sont propre à la France sans se donner la peine de regarder au-delà de ses frontières et d’envisager que, peut-etre, ce qui fonctionne chez nos voisin pourrait etre importé chez nous, simplement parceque « le modèle français est unique et exceptionnel », tout ca me donne la chair de poule…………….. Le pire, j’ai trouvé, est que si l’on commence à essayer de discuter de tout cela, il n’y a personne en face….personne qui n’arrive à vraiment comprendre de quoi on parle parcequ’ils ont encore leurs oeillères bien attachées…. Bref, j’ai adoré Paris car je suis une accro d’histoire de France, mais je ne pourrais jamais y vivre car le problème de Paris est que c’est en France (je suis sure que tu vois exactement ce que je veux dire!)
    Mon interet maintenant est d’aller m’installer à berlin une fois que j’aurai fait le tour de mon job actuel; les résultats des élections ne font que conforter mon choix!

  4. Anne Says:

    Excellent cet article ! Je l’ai grandement apprécié, tellement d’ailleurs que je l’ai envoyé à mon amie noémie (FFA, aka Pays merveilleux pour les intimes, voir son commentaire ci-dessus).
    Tu sais bien que je ne suis pas française, pourtant moi aussi je me suis reconnue… Le brassage et l’acculturation, on sait ce que sait, et c’est triste que ceux qui vivent dans les étroites frontières de l’hexagone n’aient pas conscience de cette richesse (Bon là, je me réfère aussi à ton article sur l’Europe, histoire de prouver que je deviens une lectrice assidue).
    Quant à moi, la Sarkoléra m’effraie également beaucoup, et n’ayant jamais vécu en France, je peux te dire que je ne suis pas prête d’aller m’y installer !! Je fais même plutôt l’inverse, j’encourage les français à sortir de chez eux… Pour l’instant, un succès à mon actif, le début d’un mouvement de masse j’en suis sûr !
    Espérons juste que notre amis Nicolas reste bien fidèle à ses principes nationalistes : que la merde qu’il va foutre en France reste en France svp…

  5. Gaultier Says:

    Merci Philippe de me rappeler cette ambiance berlinoise si caractéristique..ta prose est belle, continue je viendrai plus souvent. Ma nouvelle vie parisienne me fait languir à mort Berlin qui reste un souvenir ineffacable dans ma ptite vie d’étudiant.

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